Le Parisien. L’affaire Polanski : pourquoi cela dure depuis 40 ans ?

Roman Polanski, pressenti pour être Président de la 42ème cérémonie des Césars ? Tollé général, indignation sur les réseaux sociaux. Il est contraint au renoncé. Mais pourquoi ? Pourquoi exactement ?

Tout le monde a une opinion sur l’affaire Polanski, sans la connaitre. Qui sait exactement de quoi on parle, précisément ? Delphine Meillet vous propose de comprendre et de faire la lumière sur ce feuilleton judiciaire de droit pénal qui dure depuis 40 ans, comme nul autre pareil.

L’année 1977 : Roman Polanski, réalisateur de cinéma mondialement connu, a une relation sexuelle à 43 ans avec une jeune fille de 13 ans, Samantha Geimer, après une séance photo chez Jack Nicholson.

Un mois plus tard, les parents de la jeune fille portent plainte : on reproche à Polanski des faits de viol, de relations sexuelles sur mineur, de prise de substance illicites.

Dans un 1er temps, Polanski plaide non coupable pour le tout. Mais le monde entier a les yeux braqués sur cette affaire et sur cette toute jeune femme. Alors, pour éviter un procès public, comme c’est très souvent le cas aux Etats-Unis à cette époque, la famille de la jeune fille, le Procureur et les avocats de Polanski passent un accord de principe, tout à fait légal, qui devra être homologué un peu plus tard.

Le principe de cet accord porte sur deux éléments: le principe de la culpabilité et la peine. En clair, le réalisateur plaide coupable en ce qui concerne les faits de rapports sexuels sur mineur, les autres charges sont abandonnées. Deuxièmement, la peine prononcée sera de 90 jours pour réaliser des expertises psychiatriques qui évalueront si oui ou non Polanski est un homme dangereux sexuellement, un délinquant sexuel.

Nous sommes donc en présence d’un accord entre toutes les parties, le juge y compris.

A replacer dans le contexte de l’époque, cette peine est plutôt sévère pour ces faits-là. Polanski, qui était en Allemagne au moment où cet accord a été conclu avec ses avocats, est revenu aux Etats-Unis pour exécuter sa peine de 90 jours dans la prison de Chino en Californie ; il se soumet alors aux tests.

Les experts psychiatriques concluent qu’il y a une absence totale de dangerosité de Polanski. Il est même libéré au bout de 42 jours seulement. Puis, il voyage et mène une vie normale. Une audience est prévue pour homologuer la peine effectuée par Polanski. Le réalisateur revient aux Etats-Unis, là encore naturellement de son propre chef, pour l’audience d’homologation.

Mais, et là ça se complique, la veille de cette audience, surement victime de la pression médiatique, le juge convoque les avocats de Polanski, les avocats de la victime et le Procureur pour indiquer que selon lui, après réflexion, la peine prononcée et exécutée ne serait pas suffisante.

Point fondamental : le juge n’avait pas le droit de procéder à ce revirement.

Il enfreint la loi américaine sur ce qu’on appelle le « plea bargaining », un plaider coupable qui existe en droit pénal américain. Et c’est là, à cet instant précis, que Polanski n’ayant plus aucune confiance dans ce juge, décide de prendre le premier avion pour Paris.

La justice américaine lance immédiatement en 1978 un mandat d’arrêt international contre lui. La France, la Pologne, refuseront son extradition, Polanski a la double nationalité française et polonaise et le principe est de ne pas extrader ses nationaux. La justice américaine tente pourtant depuis 40 ans, de mettre la main sur Polanski lors de ses déplacements à l’étranger. Sans succès. La raison juridique pour laquelle toutes les procédures d’extradition qui ont été lancées n’aboutiront pas est que Polanski a déjà executé sa peine.

C’est pour cette raison que la Suisse en 2009 ne l’a pas extradé. La victime, elle, de son côté, a déclaré à plusieurs reprises vouloir retourner à l’anonymat et vouloir abandonner toutes les poursuites contre le cinéaste pour éviter de revivre ce traumatisme et pour protéger ses enfants.

En 1993, Polanski entre temps l’aura indemnisée de son préjudice civil en lui versant une indemnité de 500.000 dollars. A noter que pour pimenter le tous, le juge en question a été récusé de l’affaire en 1978 et la justice américaine refuse toujours aujourd’hui de faire un procès en l’absence du réalisateur.