Le Parisien. Peut-on défendre l’indéfendable?

Le 6 mars 2015, le procès de Cendrim, le djiadiste arrêté en Mars 2014 pour le meurtre de trois agents turcs a dû être ajourné pour la troisième fois car aucun avocat ne voulait le défendre. Son avocat avait quitté la salle d’audience en déclarant que « défendre quelqu’un, même si c’est un animal, est une bénédiction, tout le monde à le droit d’être défendu, mais ces accusés ne sont ni des humains ni des animaux ».

Terroristes, nazis, dictacteurs … Pas de liberté pour les ennemis de la liberté mais quid de la justice ? Comment les avocats peuvent-ils défendre « l’indéfendable » ? Si les avocats peuvent être admirés quand ils défendent des causes nobles comme les droits de la femme ou, au contraire, montrés du doigt quand ils défendent des « assassins d’enfants », à quelles questions éthiques et déontologiques sont-ils confrontés lorsqu’ils doivent assurer la défense de causes qui pourraient paraître indéfendables ?

Il ne s’agit pas d’acquiescer à un acte commis ou de considérer que ce n’est pas un acte grave. Il s’agit de retranscrire la parole d’un prévenu, d’un accusé ou d’une victime. Les avocats ont en charge le respect des règles du procès équitable en droit pénal et participent au débat contradictoire du procès. Ils assurent un équilibre entre l’acte commis et la punition.

Car il ne faut pas oublier que, selon les termes de la loi elle même, la peine a certes pour fonction de sanctionner l’auteur de l’infraction mais aussi de favoriser son amendement, son insertion ou sa réinsertion. Mais il arrive que les avocats soient dans une impasse morale, c’est-à-dire face à une situation où il leur semble que leur client a perdu toutes qualités humaines – empathie, sens des responsabilités de ses actes par exemple.

Il peut en être ainsi avec certains clients qui ont commis des actes que les avocats considèrent comme odieux et qui leur donnent l’impression d’une déshumanité. L’article premier du règlement intérieur national de la profession d’avocat prévoit que celui ci exerce ses fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité. Il lui est donc possible de refuser de défendre un client au seul motif qu’il ne se sente pas en mesure de défendre les intérêts du de celui-ci. C’est ce que l’on appelle la clause de conscience, que des avocats du barreau de châlon ont par exemple fait valoir en février dernier suite aux attentats de Charlie hebdo pour refuser de défendre des coupables d’apologie publique du terrorisme.